5 réflexes à moto qui me sauvent la vie quotidiennement.

5 réflexes à moto qui me sauvent la vie quotidiennement.

26/02/2019 14 Par Loup

Les 5 points suivants m’ont été appris par mon moniteur, mon entourage motard, et ma propre expérience sur les 27 000km parcourus sur mes 10 premiers mois de permis.

1 – Bien s’équiper .

Chez nos amis anglo-saxons, il existe une devise : ATGATT. Cet acronyme correspond à “All The Gear, All The Time“, ce qui en français donnerait ceci : “Tout l’équipement, tout le temps.

“Ah bon, rouler à poil est dangereux..? Oh…”

Je vais rester relativement sommaire sur cette section, mais sachez qu’à mes yeux, être bien équipé couvre deux points distincts mais indissociables :

a) Avoir un équipement adapté…

..à la situation (que l’on soit sur route, circuit, ou encore en sortie enduro, l’équipement n’est pas le même…)

..à la météo (avoir un équipement de pluie pour prévenir de la fatigue liée au froid et à l’humidité, un blouson été pour éviter d’être mal à l’aise à cause de la chaleur, etc.)

..à soi-même.

Je vais prendre deux minutes pour développer un peu plus ce point, via un exemple tristement célèbre, celui de Marco Simoncelli, pilote de vitesse moto italien, sacré champion du monde 250cc en 2008.

Marco est un jeune homme plein de vie, fougueux et passionné. Il a une particularité physique : une belle tignasse bouclée, très volumineuse. Fier de ses cheveux, il refusait de les couper, et a donc fait acquisition d’un casque lui permettant d’y rentrer son abondante chevelure.

Le 23 octobre 2011, lors du deuxième tour du GP de Malaisie, son pneu avant décroche, et il vient couper la route de Colin Edwards et Valentino Rossi. Heurté successivement par les deux motos, son casque est arraché par la violence du choc, et Marco est mortellement blessé aux vertébres cervicales, à la tête, et à la poitrine.

Nous n’allons pas ici lancer de débat sur la possibilité ou non de survivre à un tel accident. Cependant, le port d’un casque trop grand pour la taille réelle de son crâne a amené le dit casque à ne pas rester en place, ayant les conséquences que vous connaissez désormais.

Peu importe que tel casque, ou tel blouson a un design plus attrayant qu’un autre. La priorité va à savoir si il vous protégera efficacement en cas de situation désastreuse.

b) Ne pas négliger l’état de sa moto

…Posez-vous des questions :

..moteur chaud ou froid?

Laissez le temps à votre moto de se “réveiller”. Si je vous sors de votre sommeil et vous invecte de courir un marathon sur le champ, je doute que vous soyez au mieux de votre performance.

..pneus chauds ou froids?

Même problématique qu’au-dessus. Des pneus froids ou chauds n’auront pas le même comportement. La gomme de vos pneus a une température optimale de fonctionnement… Ne la négligez pas, sans quoi la chute vous guette !

..état des freins?

Pensez à régulièrement jeter un œil à l’état de vos plaquettes de frein, et à vérifier le niveau de liquide dans le maître-cylindre. Si nécessaire, effectuez une purge du liquide de frein ou allez demander conseil à votre mécanicien quand à l’entretien de votre système de freinage.

..état des optiques?

J’espère ne rien vous apprendre sur ce point : des phares et catadioptres en bon état aident les autres usagers à vous voir, et donc à éviter de vous écraser (en théorie).

Si comme ma Noireaude, votre monture est aussi efficace pour éclairer qu’une allumette en pleine tempête, il peut être bon d’investir dans des feux dits “longue portée”, qui permettent à la fois d’apparaitre plus large, et d’avoir 3 feux serrés, ce qui attire l’oeil des conducteurs par le côté inhabituel de la chose !

2 – Observer les autres usagers.

Know your ennemy/Connais ton ennemi

Apprendre des autres pour éviter de rager à chaque clignotant oublié ou coup de frein brusque, et gagner en confiance.

“J’peux savoir pourquoi tu freines comme un lâche à chaque demi-bout de virage? “

Là encore, il y a deux raisons :

a) Pour éviter le danger, mieux vaut penser à :

..anticiper : c’est à dire réfléchir aux conséquences de nos actions, et de celles des autres. Exemple : si je décide de dépasser une file de voiture arrêtée, par la droite (oulah c’est pas bien!), peut être qu’un passager va descendre et que je vais me manger sa portière dans la tronche.

..regarder les pneus d’un véhicule : quand je suis sur la route, et que j’hésite à dépasser un véhicule, j’ai l’habitude de regarder les pneus du véhicule en question. Pourquoi ? Car 9 fois sur 10, si la voiture que j’observe a ses pneus près de la ligne de démarcation, c’est qu’elle va tourner, ou elle-même dépasser celui devant elle.

..regarder là où regarde le conducteur : pas besoin de faire un discours, vous le savez, on va toujours là où on regarde. Et ce, peu importe le véhicule.

..observer les rétros du véhicule devant soi : vous voulez savoir si la personne que vous voulez dépasser vous a vue ? Cherchez son regard, où l’endroit où elle regarde en l’observant via ses rétros. Cela vous permet également de situer plus facilement les angles morts des voitures et de ne pas y rester. Et si la personne vous “grille” en plein observation, faites-lui coucou, et qui sait, elle aura peut-être de grandes chances de faire plus attention à vous !

b) Pour apprendre, rien de mieux qu’un peu d’observation

Le meilleur moyen de s’améliorer est de rouler derrière un motard expérimenté.

Et là, je suis obligée de faire une (grosse) précision.

Attention, je vais peut être vous choquer (auquel cas revoyez votre vision de la vie et de l’expérience au, sens large), mais un motard peut avoir 10 ans de permis et faire des erreurs de débutant, par manque de pratique. Et donc ne pas être réellement expérimenté.

Et oui, ça pique, mais je le redis; ce ne sont pas les années de pratique seules qui compte, mais une réelle expérience : fort kilométrage, pratique très régulière, idéalement quotidienne, et remise en question sont les aspects clefs à chercher chez un mentor motard. Pour apprendre de bonnes choses, en toute sécurité, il vous faut une personne ayant une “vraie” connaissance de la route, des bonnes trajectoires à prendre… Et j’en passe.

Je suis désolée si je brise certaines illusions, je le fais sans animosité, promis, mais je veux que ce soit bien intégré : un Jean-Keke qui fait 1 000km par an, même depuis 20 ans n’est pas qualifiable d’expérimenté au sens technique. Je ne dis pas qu’il n’a rien à partager, cependant il n’est pas assez dans les réalités de la route et de la conduite pour pouvoir transmettre un savoir concret et valable. Pour dire les choses autrement : Vous aimeriez vous faire opérer à cœur ouvert par un mec qui n’a pas tenu un scalpel depuis 15ans..?

N’oubliez pas que c’est votre vie que vous jouez sur la route, celle de personne d’autre.

..apprendre des erreurs des autres : observez le comportement d’autres usagers de la route, et essayez de l’analyser : il a pris le virage trop large, elle a freiné trop tôt, son dépassement était réussi uniquement par un coup de chance, etc.

3 – Analyser : prédire les problèmes pour les éviter.

On va résumer ça en une phrase :

Regarder, c’est bien. Comprendre ce qu’il se passe, c’est mieux.

J’adore ce panneau. Mon côté maso sans doutes…

Deux éléments à analyser en permanence :

a) Les autres

..Il y a un brusque ralentissement devant : y a-t-il un radar ?(sauvez vos points); ou peut être un accident ? (n’achevez pas la victime); ou pire…. Serait-ce une vache sauvage qui barre la route?

Personne ne ralentit sans raison. Que ce soit pour éviter un réel danger, sauver ses points ou décrocher son téléphone (c’est illégal, on est d’accord, mais ca n’empêche pas la connerie). Il y a toujours une raison. À vous de transformer ce phénomène à votre avantage en utilisant le principe du lièvre par exemple ! (Google est ton ami)

..La moto devant fait un écart : à moins que tu tombes sur moi, qui slalome allègrement sans raison particulière, demande toi toujours “pourquoi” : y a-t-il une flaque d’huile? des graviers? Est-il alcoolisé..?

Tu veux un exemple concret ? Ok.

Lors de mon accident de décembre 2018 : j’ai évité le premier accident en observant le comportement des automobilistes devant moi. Mais celui derrière moi n’étant pas sur sa conduite, n’a pas pu faire la même chose, et a eu… un accident.

..Lorsque vous suivez une voiture, demandez-vous également ceci : quels sont ses angles morts? Suis-je dedans?  Je te renvois à la section au-dessus pour plus de détails.

b) La route

Tout ce qui brille est ton ennemi.

Observez la route : est-elle humide? sèche? Verglacée? Y a-t-il des pansements de goudron, des trous, des graviers..? L’accotement est-il stable..?

Si un virage arrive, bien faire attention à son placement afin d’être le plus en sécurité possible.

4 – Savoir gérer ses émotions.

Nos émotions dictent notre conduite, au sens littéral.

Je donne ici quelques exemples, mais cela vaut pour toutes les émotions, si elles ne sont pas canalisées.

Ça ne se voit pas, mais je déborde d’émotions.

..Se faire peur en permanence amènera à des comportements anxieux, et dangereux.

Exemple : prendre un virage un peu fort, avoir mal anticipé, avoir peur de la chute, et freiner de l’avant… en courbe. Là, c’est ligne droite dans le decor assurée.

..La colère efface tout.

Exemple : S’énerver contre la voiture devant qui freine brusquement, peut nous amener à ne pas faire nos contrôles quand on déboîtera pour la dépasser impatiemment. Et cet instant que choisira quelqu’un pour être dans notre angle mort. C’est cette émotion qui m’a valu un accident en cours de circulation pendant mon permis.

Le même principe s’applique pour la Tristesse, la Joie, etc..

Et enfin, dernier point, mais pas des moindres car probablement le plus dur…

5 – Ravaler sa fierté.

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
Et bonjour, Monsieur du Corbeau,
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois.
À ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie,
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit : Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute.
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute.
Le Corbeau honteux et confus
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

“LE CORBEAU ET LE RENARD”, de la Fontaine.


  a) Ne soyez pas comme Maître Corbeau

..Écouter uniquement son ego mène à un excès de confiance, qui lui même débouche sur prise de risque. Rappelez vous les fiches, oui elles ont leur utilité.

..Gardez en tête que l’on ne maîtrise jamais pleinement quelque chose. Ne serait-ce que le comportement des autres.

..Tuer quelqu’un, terminer paralysé, amputé ou mort pour 30s de plaisir égoïste est absurde. Trouvez moi quelqu’un heureux d’avoir mis fin à une vie sur la route.

b) Admettre ses faiblesses, c’est éviter de se mettre en danger inutilement.

..Non, prendre ce virage serré à 110km/h après une semaine de permis, ce n’est pas raisonnable. Et pour être totalement honnête, si ça passe, ce n’est pas du talent, c’est de la chance.

Cela vaut également pour les fous du guidon qui n’ont pas les compétences de leurs ambitions.

Y’a que les concernés qui se vexeront..!

J’espère que ces différents points vous seront utiles dans votre quotidien de motard-e ! Roulez prudemment, et prenez-y du plaisir.. Si si, c’est possible. 😉

Je concluerai avec cette phrase de l’homme que j’aime :

“Un bon conducteur ce n’est pas quelqu’un qui fait aucune erreur, c’est quelqu’un qui est capable d’anticiper celles des autres.”

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