Heureusement que je t’ai, toi.

Heureusement que je t’ai, toi.

09/07/2018 0 Par Loup
Le réveil sonne, et m’extirpe violemment de mes rêves.

J’appuie sur “snooze” en râlant, me retourne sous la couette, et ferme les yeux. L’immonde bête sonne à nouveau, je la fais taire définitivement, et me lève.

Trainant les pieds jusqu’à la cuisine, embrumée, je me sers une tasse de lait avec du chocolat en poudre, car en adulte responsable que je suis, je ne bois pas une goutte de café. Cela me permet certes de ne pas être accro à la caféine, mais également d’affirmer face au monde que je suis une grande enfant.

Je retourne dans la chambre, enfile un débardeur noir, mon jean moto, des chaussettes, et dompte mes cheveux pour en faire ma tresse habituelle.

Direction l’entrée, j’installe mes pieds dans mes chaussures moto, me love dans mon blouson en cuir noir, fourre mes gants dans mon casque, et allume mon intercom.

Branché sur le canal “musique”, je l’entend doucement crachoter dans ma main les notes du début de Renegades (X Ambassador); j’attrape ma sacoche de jambe, et sors de l’appartement.

Je ferme la porte, descend les quelques étages qui me séparent de la terre ferme, et me dirige vers le garage sous un rayon de soleil, agrémenté d’une légère bruine.

La porte grince joyeusement à son ouverture, et une odeur mélangée de graisse-chaîne, d’huile-moteur, et de poussière de pneus, pénètre mes narines. Je me retrouve face aux motos, toutes sagement installées à leurs places respectives. Je souris, et sors ma belle après l’avoir saluée.

Le garage fermé, elle ronronne à mes côtés pendant que j’enfile mon casque.

A cheval sur ma Noireaude, j’enfile mes gants, referme les zip des manches de mon cuir, baisse ma visière solaire. Puis j’enlève la béquille, débraye, passe la première, inspire, expire, et me lance, bercée par la musique diffusée dans mon casque.

Je slalome doucement sur la route, et lâche le guidon d’une main, l’autre restant sur la poignée d’accélérateur.

Au rythme des basses de Pop Evil ( “Wake up, I won’t give up,’Cause here I come! Here I come! YEAAH! …“), j’oscille sur la route, le bras gauche dans le vide : gauche, boom!, droite, boom!, gauche… Chaque oscillation agrandit un sourire naissant sur mon visage, probablement le premier depuis mon réveil.

Un vent frais caresse ma visière solaire et vient m’embrasser doucement la joue alors que je m’arrête à un feu rouge, en tête de file. Je passe au point neutre et pose mes deux paumes contre le réservoir noir de ma monture; j’attends ainsi, un pied sur le sélecteur, l’autre au sol. La voiture à ma droite s’avance, collée à moi. Je lance un regard noir mais calme à son conducteur qui s’arrête, et repart dans ma bulle. La tête dodelinant, je vois que le “petit bonhomme” passe au rouge; j’arrête de bouger, débraye, passe la première, et me tient prête.

Vert.

Je met des gaz, passe devant la voiture qui était à ma droite, enclenche la deuxième, me met en équilibre sur mes cale-pieds pour passer les ralentisseurs sur ma route, et me faufile dans la circulation avec aisance.

D’autres motards croisent ma route, et d’un hochement de tête, ou d’un V, nous nous saluons.

Une dernière ligne droite où je slalome à nouveau, deux petits rond-points, et nous voilà arrivées. Je m’avance sur le parking, et installe confortablement ma monture entre deux autres machines; je tourne sa clef, elle s’endort.

J’enlève mon casque, range mes gants à l’intérieur, ouvre mon cuir, pose ma main sur le réservoir de ma belle en guise d’au revoir, et me dirige vers une autre journée de travail en enfer.

J’observe mon batiment, tout de verre et d’acier, froid, démesuré, inhumain. Je sais ce qui m’attend de l’autre côté de la porte… Je frissonne et réprime une nausée violente.

Je me retourne, et regarde ma Noireaude pour me donner du courage. Quand je sortirais, elle sera là, à m’attendre. Et cette seule pensée me réchauffe le coeur.

“Heureusement que je t’ai, toi…”