Ah que coucou, le bureau.

Ah que coucou, le bureau.

04/01/2019 0 Par Loup

Les nuits sont courtes en ce moment.


Entre cauchemars, douleurs depuis l’accident, et insomnies, mon énergie se fait peu à peu la malle ces derniers jours.

Je me lève donc avec beaucoup de peine ce matin, embuée, au radar, et traîne mes pieds du lit au chocolat chaud, du chocolat chaud à l’entrée, de l’entrée de l’appartement au garage.

Le givre habille le parc en contre-bas de chez nous, et à chaque expiration, de la buée s’échappe de mes lèvres. Tandis que mes doigts se recroquevillent et se cachent de la morsure du froid dans les manches de mon blouson en cuir, mes pensées s’affolent au fur et à mesure que je me réveille.

La reprise, c’est aujourd’hui.

Un tour de clef, et la parroi de métal ondulé se lève sur l’écurie mécanique où repose ma Noireaude. Elle est confortablement installée au milieu de ses copines, endormie, et à part un choc visible sur la bulle, rien ne fais penser qu’elle revient d’un accident de la route. Les copains ont fait un superbe travail !

Bientôt, elle m’attend en ronronnant devant son antre, pendant que je m’équipe. Je passe ma main gantée de cuir et de moumoute (merci l’équipement hiver) sur son réservoir, et sent à travers cette seconde peau les vibrations que le moteur transmet à l’ensemble de sa carcasse. Je ferme les yeux et profite un instant de cette sensation qui m’avait tant manqué.

Je lance ma jambe droite par-dessus la selle, maladroitement, grimace à cause d’une légère douleur, et m’installe. Mes automatismes sont toujours là, et sans y penser je sens mes mains vérifier les fermetures de mes poches et de mon blouson, ainsi que l’attache de mon casque d’emprunt (un de ceux de mon homme). C’est une fermeture micrométrique, contrairement au mien qui est à double-D.. euh, “était”, pardon. L’accident traverse mon esprit l’espace d’un instant, et je revois ma belle par terre. Loup, tu se calmes, ça va aller. Elle va bien. Zeeeen.

Le stress monte. Je retrouve ce sentiment que je ressentais lorsque j’ai passé mon permis, ce noeud à l’estomac alors que je m’apprete à faire quelque chose que j’aime.
Mais désormais, j’ai la solution à ce mal… Alors j’inspire, j’expire, je m’empêche de penser plus avant, et je nous lance sur la route sans attendre.

Les sensations me semblent différentes, j’ai l’impression que mes cale-pieds sont décalés, que mes commandes ont bougé, que l’arrière est trop mou, la selle plus fine… Je ne la reconnais pas. Vent de panique.
Je me ressaisis, et me dit que cela fait un moment que je ne suis pas montée dessus, qu’il faut que je me réhabitue, tout simplement… Et effectivement, au bout de 5 longues minutes, je la retrouve.

J’essaye, petit pas par petit pas, de voir quelles sont les limites de ma reprise.
Je tente timidement de slalomer un peu, je lâche une main, quelques instants, puis reprend le guidon, je me lève sur les cale-pieds, me rassois, pose un pied sur mes pare-carters…
Et je constate avec plaisir que je n’ai pas l’air d’avoir beaucoup perdu. Je suis simplement assez raide, et j’essaye donc d’adapter ma conduite en conséquences.

J’arrive à mon bureau, heureuse et stressée à la fois.

La vue de mon lieu de travail me décroche un sourire. A mon arrivée, des collègues présents devant le bâtiment m’accueillent, demandent de mes nouvelles, et je leur répond timidement.
Je rentre, retrouve “mes” collègues, et je souris intérieurement à la vue de mon équipe. Bon sang, sans doutes à cause de ce que j’ai vécu à mon ancien travail, je n’arrive pas à me faire à cette idée… Mais je n’ai pas d’autre choix que de l’admettre : mon bureau m’a manqué, l’ambiance m’a manquée.. Ils m’ont manqué.

Au cours de la matinée, je vais pour voir notre secrétaire administrative afin de voir avec elle quelles sont les démarches pour la reprise (les papiers et moi, ce n’est pas trop ça..), et je suis surprise et heureuse d’être accueillie par un sourire, et de nombreuses questions sur mon état de santé. Je me fais presque réprimander d’être revenue plus tôt, et nous convenons de prendre rendez-vous avec la médecine du travail afin de s’assurer que rien ne m’empêche de bien reprendre mon poste.

Je redescend à mon bureau, soulagée. On ne m’en veut pas pour mon absence, personne ne me blâme, au contraire, on demande de mes nouvelles, et on m’intime presque de retourner me reposer…

Béni soit le jour où j’ai entendu parler de cette entreprise !✨