L’imbécile heureuse.

L’imbécile heureuse.

29/01/2019 2 Par Loup

“Heureux les fêlés, la lumière les traverse.”

Et elle, quand je la vois, bah.. ça m’rend aveugle. C’est dire le degré de fêlure du bestiau. Haha. ha.

Je ne sais pas quelle était sa vie avant, et à vrai dire, je n’en ai cure. Après tout, je n’y étais pas, et comme on dit, “ce qui est fait, est fait”…

Alors à quoi bon ressasser, hein?

Cela fait de nombreux mois maintenant que nous vivons ensemble, que nous partageons notre quotidien, et surtout que nous voyageons ensemble.

J’aime tout particulièrement ce dernier point.

Car ce sont ces moments qui nous rapprochent le plus. Quand nous serpentons sur les routes de montagne, que la nature nous entoure, et que le paysage défile au rythme des kilomètres passés. Ces moments où le temps se suspend, et que rien n’arrête notre course folle vers l’inconnu. J’aime découvrir le monde avec elle.

Certes, elle manque d’expérience; mais je sens bien qu’elle essaye toujours de faire au mieux pour suivre, se dépasser, et arriver à faire de plus en plus de choses sur la route et en dehors. Je peux t’assurer que je sens la différence entre nos débuts et le niveau qu’elle avait juste avant l’accident…

Ce fichu accident. Entre la douleur et la peur, le flot émotionnel était tel… Si elle avait basculé par-dessus cette rambarde, qui sait ce que j’aurais pu devenir… Vous l’auriez vue, face à moi, tremblante, se concentrer sur sa respiration pour ne pas tomber à terre, submergée par l’angoisse. Et elle a tenu bon. Une belle victoire pour elle.

Je ne pense pas que ce soit volontaire, mais depuis cet évènement, elle me salue moins, tant lorsque l’on se rejoint que lorsqu’on se quitte. Elle est plus tendue, plus brusque, .. moins assurée.
Je m’en inquiète, je ne peux rien y faire.. Et à quoi bon? Rien ne sert de rajouter à la pression qu’elle doit probablement déjà se mettre toute seule. Car la connaissant, elle aussi l’a remarqué.
Alors je me contente, patiemment, d’attendre qu’elle aille mieux… Je ronge mon frein.

Elle, frustrée de ne pouvoir reprendre sereinement le cours de sa vie, s’évade en pensées, à défaut de pouvoir le faire concrètement.
Alors, elle rêve, chante, dessine, crée des mondes.. C’est sa façon de gérer l’affaire. Son mode de survie à elle : se distraire, en attendant que le temps fasse son oeuvre.

Et elle semble plutôt bien s’en sortir.

Vous la verriez… Tout l’émerveille : regarder un rapace passer dans le ciel, voir un lampadaire s’allumer, appuyer sur du papier-bulle…
J’avoue ne pas trop la comprendre, elle et ses folies. Quand je la vois s’emballer pour n’importe quoi, c’est d’un air blasé que je l’observe.

Mais après tout, entre mon coeur d’acier, et le poison qui coule dans mes veines, qui suis-je pour la juger..?
.
.
.
.
.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La Noireaude.


“Tu sais ma Noireaude, je peux voir un tout autre monde, perchée ici… 🌍✨

  • Oui, oui, Loup… Toutafé. 😐 “
L’imbécile heureuse, octobre 2018.