Réfléchir.

Réfléchir.

21/11/2018 0 Par Loup

La moto, ce n’est pas fait pour moi.

C’est réservé aux femmes dures à cuire, aux baroudeuses, aux aventurières, aux amatrices de sensations fortes et de vitesse, à celles qui sont athlétiques et qui mangent 5 fruits et légumes par jour.

Jamais je n’y arriverai.

Chez moi, pas de côté femme forte et sensuelle. Je suis maladroite, ronde, je ne tiens pas sur un vélo, et je suis même plutôt du genre à trébucher sur mes propres pieds en ligne droite sur du plat sans obstacles. Autrement dit, je suis extrêmement talentueuse… ou pas.

Je possède par contre le gène de la Lamantine de canapé, trainant en pull à l’effigie d’un jeu vidéo devant Netflix avec mon chien-patate, le tout en sirotant une bière, et bien-sur en soirée les ronflements sont offerts… La sexytude à l’état brute.. euh, brut.

Cependant, j’ai toujours eu un regard curieux sur la moto. J’ai toujours eu envie d’essayer. Mais à force de m’entendre dire que je n’y arriverai pas, que ce n’est pas fait pour moi, que je suis trop ceci, pas assez cela… et bien, j’ai fini par y croire.

Jusqu’au jour où je me suis dit “Et puis merde, j’essaye! Je tomberais, tant pis. Je serais ridicule, tant pis. Je veux essayer, je veux ne pas regretter de ne pas l’avoir fait !” (ouais ça fait beaucoup de “ne pas ne pas”, moi aussi j’suis perdue).
La suite, vous la connaissez. (si non, viendez remonter dans les publications du blog ! Par-là , ou ici , ou encore )

Ce que je vous ai moins partagé, en terme d’anecdotes “permis”, c’est le fait que je n’avais pas prévenu certains membres de ma famille de mon Aventure Permis A2.
De temps en temps, quand je passais les voir à la maison, je tâtais le terrain :
“J’ai vu une vidéo de motardes qui font des cascades à moto, elles grimpent sur la selle, conduisent en amazones, voir même sur la roue arrière… J’aimerais bien apprendre à faire ça un jour, et passer mon permis moto! 🙂
– HAHAHAHAHAA. Mais voyons Loup, JA-MAIIIIS tu ne feras ça.
– …Pourquoi donc?
– Mais enfin, c’est évident.. ce n’est pas… euh, tu n’es pas… Il te manque… Enfin, tu sais, quoi. Tu n’es pas assez aventureuse pour ça. Et puis bon, il faut une condition physique aussi hein, et là, pareil, t’as pas ce qu’il faut.

…Passons sur l’impact de tels propos lancés sur ma personne par des individus dont le jugement est important à mes yeux…

Lorsque j’ai lancé cette conversation, je savais à quel type de réponse m’attendre, j’ai grandi avec ces gens.

Mais j’avais ma petite idée en tête…. Car la veille de cette conversation, j’avais (pour celles et ceux qui s’en rappellent, si non, viendez remonter dans les publications du blog, bis) fait quelques figures sur la moto de la moto-école avec mon moniteur : grimper sur la selle, conduire en amazone à allure lente, évitements à une main… Non sans bien me prendre la tête avec l’idée bien ancrée que j’allais forcément me vautrer car je n’étais pas assez aventurière, trop grosse, et sans notion d’équilibre.
Pourtant, ce soir-là, mon moniteur avait réussi à me prouver, me démontrer, que mes grosses fesses, mes mini-muscles et moi étions capable de faire toutes ces choses, et surtout, il avait pulvérisé l’ignoble barrière de préjugés qui m’empêchait toujours d’agir, même quand cela concernait des sujets qui me faisaient vraiment envie, comme la moto.

J’avais donc la preuve en direct, que le jugement des autres sur mes capacités n’était construit que d’a priori, peut-être même d’une crainte de l’échec chez eux, et non pas forcément d’une opinion logique et objective sur la situation. …Je vous ai déjà dit que l’on me dit de Candide ?

Bref, j’ai eu mon permis,et mis les mains dans le cambouis.. L’expérience s’est faite, j’ai adopté la Noireaude, et avec le temps, je me suis sentie de plus en plus à l’aise sur ma belle, ce qui m’a encouragée à croire un peu plus en mes capacités !

Cependant, toujours complexée, je peine parfois à me sentir légitime. C’est absurde, je le sais. Tout comme ne pas se sentir femme car notre corps ne répond pas aux critères dictés par notre société actuelle.

Il y a quelques mois, j’ai été prise de gros doutes, car je ne me reconnaissais pas dans les images de motardes que l’on me proposait (bimbo en sportive, quinqua en Harley, bricoleuse en cross..), et cerise sur le gâteau, les équipementiers motos faisaient les mêmes erreurs que les grands magasins de prêt-à-porter, en ne proposant au rayon femme que des vêtements allant du 34 au 42, le rose omniprésent en plus.

Ce fut la goutte d’eau, et je me mis à écrire un mot, à d’autres motardes, sur Facebook.

Étais-je vraiment une “motarde”..?

Je voulais savoir si j’étais la seule à ressentir cette solitude, ce manque d’icône plus à mon image qu’à celle de la vision populaire de la motarde… J’ai alors demandé à ces charmantes femmes de m’envoyer une photo d’elles, si elles ressentaient la même chose. Je reçu à ma grande surprise une belle quantité de commentaires de soutien, et de témoignages de femmes se sentant comme moi, “à part”, soit à cause de leur taille (petite ou grande), soit à cause de leur poids (trop minces ou trop rondes), soit à cause de la stigmatisation rose bonbon à paillettes qui plane sur tout l’équipement moto féminin.

Tous ces témoignages m’ont profondément touchée, et j’ai eu une idée… ?