Remerciements pour service rendu.

Remerciements pour service rendu.

07/12/2018 0 Par Loup

C’est un soir, tard, que me vient en tête cette phrase : “Devenir motard-e, c’est se découvrir…” .

Plus elle tourne dans ma tête, et plus je réfléchis. ?

Et effectivement. Que ce soit en 50, en 125 ou en “gros cube”, la première fois sur la route on hésite, peu assurés, effrayés au fond de nous à l’idée d’être lâchés dans la nature, seuls, sans réelle expérience…

Puis petit à petit nous prenons nos marques, et osons nous imposer. Invisibles aux yeux de tous, nous n’avons d’autre choix que de nous faire remarquer, pour survivre sur la route.

Un autre caractère se dessine, et pour certains, nous libère. Timide, on devient téméraire, et courageux. Enragés, nous devenons plus sages. N’avez-vous jamais entendu une phrase du genre : “Quand tu es sur ta moto, on dirait une toute autre personne…“, “Depuis ton permis, tu as changé..” ? ?

Eh bien… c’est pas faux, comme dirait l’autre.
À mes yeux, une forme de connexion, d’apprentissage de soi, se fait au travers de cette expérience et de cette nouvelle vie qui se crée autour et avec la moto.

Mais dans ce cas… pourquoi un tel changement chez les motard-e-s? ?

M’est avis, du haut de ma mini-expérience, que la pratique de la moto relève de la sincèrité ! (Mais qu’est-ce qu’elle nous raconte, encore? ?)

Je m’explique. Peu importe qui nous sommes, ce que nous avons vécu, notre monture réagira en conséquence de nos humeurs, de notre caractère. Ce qui nous oblige à nous connaitre. Réellement. ✨

Lors de mon accident pendant le permis moto (pour rappel, j’ai percuté une moto 125 par l’arrière dans un rond-point), j’étais dirigée par une colère forte, qui m’a suivi tout du long du cours, pendant l’accident, et après.

En colère pour finalement des broutilles (la 125 avançait presque à reculons, alors que j’avais une envie folle de me dégourdir les pneus…), mes sens, la perception que j’avais de mon environnement en ont été modifiés, et quand j’y repense aujourd’hui et que je me repasse le film de ces deux heures, je ne peux m’empêcher de me dire que oui, l’accident était inévitable (mais, je l’admet, si on m’en parle en direct, je continuerai à râler sur la 125, caractère oblige!).

Ce jour-là, enfermée dans ma bulle de colère, pressée d’avancer, je ne pensais qu’à une chose : que l’autre accélère et libère ainsi la route, et mon impatience.
Ce faisant, concentrée à lui râler dessus, je n’ai à aucun moment pris le temps d’anticiper qu’il puisse faire une erreur, et n’ai donc le moment venu pas pu réagir comme il se devait. Et j’ai terminé au sol avec la moto. ?

Je suis rentrée, toujours enragée, en me tenant la jambe, contenant à la fois ma douleur, et mon envie de claquer violemment l’individu qui dans ma tête était à l’origine de ma chute et de mes blessures.

Plusieurs chutes au plateau, et de nombreux kilomètres plus tard, j’ai fini par réellement comprendre (et non plus juste “savoir”) que la moto était vraiment sensible à ce que je ressentais. ?
En travaillant le parcours lent par exemple, selon la journée que j’avais passée, mes performances étaient totalement différentes

Au début totalement désemparée face à mes résultats (un coup proche du niveau permis, un coup retour à la case départ, puis de nouveau une bonne performance), je ruminais dans mon coin, me maudissant de stagner “sans raison”. Vous vous doutez bien que lorsque je pensais à ça, mes performances devenaient médiocres. Et lorsque je faisais “le vide” dans ma tête (franchement, y’a pas grand chose à nettoyer, ça va plutôt vite haha), le parcours passait littéralement tout seul. ?

Et j’ai finalement réellement compris. ✨

Lorsque l’on conduit une belle, une grande partie de notre corps est en contact avec elle, ce qui fait que chaque mouvement, volontaire ou non, influe sur son comportement. Comme un cheval sentirait que son cavalier est tendu, et se cabrerait, une moto va complètement réagir en fonction de l’attitude de son motard, que cette dernière soit consciente ou non.

Comprenant ce fait, il n’était plus possible de blâmer la moto, le bitume bosselé, ou les autres. ?
Ma belle ne faisant qu’exécuter ce que je lui demande. Si cela ne passe pas, c’est que je m’y prend mal. Mais si je sais le faire, et que ça ne passe quand même pas, c’est que je dois m’interroger sur mon attitude.

Car la seule responsable de ce qui m’arrive quand je pilote, exception faite des cas du type “alcoolique notoire voulant se la jouer fast and furious”, c’est moi.
Si je suis tendue, mes gestes seront plus brusques, moins fluides, moins précis, et ma monture répondra en conséquences. Si au contraire, je suis concentrée, détendue, sereine, elle se pliera alors à chacune de mes demandes avec plaisir.

J’en ai finalement conclu que la meilleure façon de s’améliorer à moto, c’est de faire preuve d’humilité. ✌

Comprendre ta fragilité en cas d’accident, ranger ton ego en grimaçant, et accepter que parfois, c’est “de ta faute”.

Te dire, que oui, tu peux être responsable de ta perte. Ce peut être “toi” qui a pris la moto trop énervé, triste ou fatigué, et qui t’es mis seul en danger.
Peut-être que l’autre n’avait pas à te couper la route, ou à freiner brusquement… Mais “toi”, tu n’as peut-être pas pris conscience en prenant le guidon que tu n’étais pas en état de conduire en toute sécurité, que tu n’étais pas dans un état d’esprit te permettant de réagir correctement face aux imprévus.

Non pas te blâmer, mais prendre réellement conscience que tu es en grande partie responsable de ce qui t’arrive. Si l’on prend les choses d’un autre point de vue, cela te donne un pouvoir extraordinaire. ?

Si tu n’y as jamais pensé, peut-être que tu n’as pas encore vécu ce moment qui te le fera réaliser.
Mais sache que ça viendra.

C’est pourquoi je pense que tout individu casqué et raisonné s’est senti un jour changé par sa belle : car elle l’a remis à sa place. ?

Du keke fan de rupteur qui fait le malin à 200km/h, au pilote de 125 qui roule tranquillement pour aller au travail. Toutes, tous, avons un jour ou l’autre fait l’expérience de ce recadrement imposé par la moto. Que ce soit pendant le permis pour les plus chanceux, ou après un grave accident, pour les moins heureux.

Cette capacité à apprendre de soi, à force de se faire remettre à sa place par quelques morceaux de métal -même si l’on ne veut pas forcément l’admettre en public- c’est ce qui fait de nous ce que nous sommes.
Des motard-e-s.
?

La pratique de cette discipline m’a changée, à jamais. Entendre mon entourage me dire que depuis que je pratique la moto, je suis plus affirmée, qu’on entend dans ma voix que je suis sereine, mais déterminée, que l’on sent qu’aujourd’hui je sais ce que je veux et ce que je ne veux pas, me le confirme un peu plus chaque jour.

La moto m’a révélée à moi-même, et c’est je crois le plus beau cadeau qu’elle m’ait fait.

…ça, et pouvoir mettre les mains dans le gras de kit chaine. ?

Merci, ma Noireaude ! ?