{"id":543,"date":"2018-07-01T21:50:22","date_gmt":"2018-07-01T19:50:22","guid":{"rendered":"http:\/\/chroniquesmotardes.com\/?p=543"},"modified":"2018-07-01T21:50:22","modified_gmt":"2018-07-01T19:50:22","slug":"un-lezard-pieton","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniquesmotardes.com\/index.php\/2018\/07\/01\/un-lezard-pieton\/","title":{"rendered":"Un l\u00e9zard pi\u00e9ton."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><em><strong>&#8220;Juste vivre n&#8217;est pas assez&#8230; Il faut avoir le soleil, la libert\u00e9 et une petite fleur&#8221;<\/strong>, Hans Christian Andersen.<\/em><\/p>\n<p>Mes pneus d\u00e9posent \u00e0 chaque tour de roue un peu de leur gomme sur ce bitume de montagne, chauff\u00e9 par le Soleil, et qui semble avec ses courbes aguicheuses m&#8217;appeler au voyage.<\/p>\n<p>L&#8217;asphalte est d&#8217;un gris fonc\u00e9, us\u00e9, fatigu\u00e9. Il est de part et d&#8217;autres parfois bomb\u00e9 par quelques racines d&#8217;arbres rebelles, parfois creus\u00e9 par des &#8220;nids de poule&#8221; de formes et de taille diverses. En suppl\u00e9ment, de petites branches, quelques feuilles, de la poussi\u00e8re, et parfois m\u00eame un filet d&#8217;eau la traversent. Elle est peu fr\u00e9quent\u00e9e, cela se voit, elle a \u00e9t\u00e9 un peu gravillonn\u00e9e pour le principe, mais n&#8217;offre pas le meilleur des conforts de conduite.<\/p>\n<p>Mais le paysage qui l&#8217;encadre est tel, que je n&#8217;ai cure de devoir rouler \u00e0 une cinquantaine de kilom\u00e8tres-heures pour \u00e9viter la chute quelques centaines de m\u00e8tres plus bas, dans les p\u00e2querettes.<\/p>\n<p>J&#8217;en profite au contraire pour enregistrer chaque brin d&#8217;herbe, chaque odeur, chaque couleur en ma m\u00e9moire, mes sens en \u00e9veil.<\/p>\n<p>En traversant quelque bosquet d&#8217;arbres gigantesques, je sens l&#8217;odeur de mousse et de terre, de l&#8217;humus, la fra\u00eecheur de l&#8217;air sur mon visage. L&#8217;ombre et la lumi\u00e8re se succ\u00e8dent sur mon \u00e9quipement au gr\u00e8s des feuillages, en une valse de temp\u00e9ratures : froid, chaud, froid, chaud&#8230; Je prend un \u00e9ni\u00e8me virage, et sort de ce microcosme.<\/p>\n<p>J&#8217;aper\u00e7ois alors la montagne, haute, dure, mais majestueuse. Son imposante carrure est habill\u00e9e de multiples teintes de vert, et j&#8217;aper\u00e7ois sur son dos quelques troupeaux qui p\u00e2turent : moutons, vaches, pottoks (chevaux semi-sauvages des Pyr\u00e9n\u00e9es). Mon chemin me m\u00e8ne jusqu&#8217;\u00e0 eux, et c&#8217;est avec prudence que je roule \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s, ainsi qu&#8217;avec un peu d&#8217;appr\u00e9hension, me doutant de l&#8217;issue d&#8217;une altercation entre ma Noireaude et une de ses cong\u00e9n\u00e8res montagnarde. \ud83d\ude28<\/p>\n<p>Mais elles me laisseront toutes passer, me regardant d&#8217;un air un peu blas\u00e9, en m\u00e2chouillant leur herbe. Une vache me surprendra, en ne laissant que sa t\u00eate d\u00e9passer du contre-bas, ce qui m&#8217;a un peu perturb\u00e9e, ne voyant pas le reste. Un pottok sera \u00e9galement allong\u00e9 sur le flanc, en pleine bronzette \u00e0 un m\u00e8tre ou deux du bord de route, son poulain se promenant aux alentours. Les moutons eux, et bien&#8230; \u00e0 part b\u00ealer un peu, n&#8217;ont pas boug\u00e9 le moindre morceau de gigot \u00e0 mon passage!<\/p>\n<p>Un peu plus tard, alors que mon regard se porte un court instant vers me sol, pour m&#8217;assurer de pouvoir poser mes roues sans risques, j&#8217;aper\u00e7ois une ombre sur le sol, vive, et plut\u00f4t grande. Mes yeux se l\u00e8vent alors au ciel, et j&#8217;aper\u00e7ois un rapace, qui vole l\u00e9g\u00e8rement au-dessus de moi. Son ombre me suit un temps, compagnon de route passager qui profite de sa libert\u00e9, comme je profite de celle que m&#8217;accorde la moto. \ud83d\ude0a<\/p>\n<p>Je tends mon bras gauche sur le c\u00f4t\u00e9, joue un peu avec le vent, ma fa\u00e7on un peu na\u00efve de &#8220;voler&#8221; avec lui&#8230; Ou du moins de <strong>partager cet instant<\/strong>.<\/p>\n<p>Il m&#8217;accompagne un temps, puis je vois son ombre s&#8217;en aller, je la suis de regard et observe une derni\u00e8re fois l&#8217;oiseau rejoindre quelques cong\u00e9n\u00e8res puis partir vers d&#8217;autres horizons.<\/p>\n<p>Je continue ma route, les virages se resserrent, et je ralentis encore un peu.<\/p>\n<p>Les virages en \u00e9pingles se font plus fr\u00e9quents, on monte, on descend, on remonte&#8230; A travers la for\u00eat, la montagne, et je suis doucement mais s\u00fbrement envahie par un doux sentiment de pl\u00e9nitude.<\/p>\n<p>Les derni\u00e8res pens\u00e9es encore tourn\u00e9es vers mon quotidien finissent d&#8217;\u00eatre arrach\u00e9s \u00e0 mon \u00eatre, \u00e0 l&#8217;instant pr\u00e9cis o\u00f9 mon \u0153il accroche sur un d\u00e9tail de la route. Je ralentis fortement, fronce les sourcils, et aper\u00e7ois un petit l\u00e9zard au milieu de la route, essayant de rejoindre un de ses bords. Je m&#8217;arr\u00eate presque, souris, et le vois tourner la t\u00eate vers moi avant de continuer sa course et partir se cacher dans les herbes.<\/p>\n<p>Je ris, voyant dans ce petit l\u00e9zard un bien dr\u00f4le de pi\u00e9ton, mais qui, il faut l&#8217;admettre, a regard\u00e9 avant de traverser &#8230; \ud83d\ude09<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>&#8220;<strong>Si nous nous trouvons tellement \u00e0 l&#8217;aise dans la pleine nature, c&#8217;est qu&#8217;elle n&#8217;a pas d&#8217;opinion sur nous.<\/strong>&#8220;, Friedrich NIETZSCHE<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8220;Juste vivre n&#8217;est pas assez&#8230; Il faut avoir le soleil, la libert\u00e9 et une petite fleur&#8221;, Hans Christian Andersen. Mes&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":975,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,5],"tags":[34,50,77,86,106],"class_list":["post-543","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-hors-serie","category-voyages","tag-detente","tag-instant","tag-pieton","tag-pyrenees","tag-voyage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniquesmotardes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/543","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniquesmotardes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniquesmotardes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniquesmotardes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniquesmotardes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=543"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniquesmotardes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/543\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniquesmotardes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=543"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniquesmotardes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=543"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniquesmotardes.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=543"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}