De Poireau à Mono – Épisode 11

De Poireau à Mono – Épisode 11

15/11/2021 0 Par Loup

08/07/2020 – Pandémie.

L’angoisse, au fond, n’est qu’un dérivé de l’espoir. ” , Hubert Aquin.

Je sais pas si tu le sais, mais j’ai des troubles anxieux et dépressifs chroniques.

(D’où le “Chroniques” dans “Chroniques Motardes”… Et ouais.)

Genre, des vrais troubles, hein, pas la “petite” panique qu’on a tous de temps en temps…

Non non, la vraie angoisse, celle qui survient sans raison, celle qui te saisit à la gorge et l’étreint de ses doigts froids jusqu’à ce que tu suffoques, que tu lui demandes ce qui lui prend, et qui te répond avec un sourire sadique :

Pourquoi pas maintenant ? Il fait beau, tu te sens heureuse, ça m’énerve, moi j’ai bien envie de te faire te sentir extrêmement mal sans raison… Ça t’angoissera d’autant plus. Et moi, j’aime quand tu souffres.

Quand je suis stressée, le monde s’effondre et se reconstruit en boucle au rythme des vagues d’angoisse qui me traversent…

Habituellement, parmi mes nombreux symptômes, ça m’amène à me gaver de nourriture; je suis ce cliché de la personne qui se remplit pour combler le trou au bide causé par sa peur ou son incompréhension du monde…

Mais ces deux dernières années, j’ai énormément progressé.
Pas de nouvelle prise de poids (avant, 5kg/an minimum), beaucoup moins de crises d’angoisse, plus de médicaments ou produits illicites, et il y a 7mois j’ai même arrêté de fumer !
(merci vapOclOpe )

Tout ces progrès, c’est grâce au passage du permis moto, qui a changé radicalement ma vie, et y a intégré (entre autres 😉) ma Noireaude, celle qui me porte loin de mes troubles et me calme dès que je la rejoins…

C’est pour ça que je suis si bêtement amoureuse de ma brêle : c’est mon anxiolytique à moi.

Quand je grimpe sur sa selle, chaque tour de roue dépose un peu de mes maux sur le bitume, et me soulage petit à petit du poids permanent du diable qui pèse sur mon épaule.

Avec l’arrivée imminente de mon examen demain matin, j’expérimente une nouvelle forme de symptômes : je réussis à avoir faim, tout en ayant l’estomac totalement noué.

J’ai envie de vomir mes tripes et me gaver en même temps.

J’ai envie de dormir, et ne peut pas fermer l’œil de peur de perdre une seconde de plus à réviser.

J’essaye de me rassurer, de me dire que ça fait presque un an que je me prépare à ce moment, que mes derniers cours avec des élèves, tant en voiture qu’en salle de code, se sont bien passés, me reposer sur les encouragements de mes collègues, bah…

J’ai quand même envie de m’enfuir en courant très loin, tout en sachant que si je tente quoi que ce soit, mes angoisses me couperont les jambes avant même de passer le pas de la porte de chez moi..

L’enjeu est tellement énorme, un avenir en tant qu’enseignante avec la possibilité de travailler à terme dans le monde de la moto, que je me met une pression de dingue. Je le sais. Alors j’essaye de relativiser.

Je sais aussi que je rirais de la situation dans quelques semaines, quand j’aurais un peu plus de recul, et mes résultats.

Mais c’est ça aussi, les troubles de l’anxiété. C’est une maladie invisible, fourbe, vicieuse, et très difficile à mettre en cage.

C’est être conscient de la réalité d’une situation, et ne pas pouvoir en prendre compte car ce diable fait taire la raison, et sonne les alarmes de la peur de mourir.
Et oui, c’est “carrément” ça, une peur de mourir. Pas forcément ressentie comme telle, mais c’est le même ressenti, celui d’un monde qui s’effondre.

C’est ne plus pouvoir respirer quand bien même j’ouvre grands mes poumons.
C’est paniquer à en avoir mal au cœur, tout en ayant l’air impassible de l’extérieur.
C’est être seule dans sa tête, avec toute l’équipe de gestion des émotions qui passe en mode “alerte générale”, comme si on partait à la guerre…

… Alors que je vais simplement aller donner des cours comme je l’ai déjà fait plein de fois cette année.

Mais quand ça me prend, il est presque impossible de me calmer. J’ai mis en place des astuces avec les années, mais je sais qu’à repousser la vague, elle reviendra à un moment donné ou un autre, encore plus forte.

Mais je ne suis plus celle que j’ai été.

Aujourd’hui, je peux me tenir droite, et faire taire le diable. Je peux le regarder droit dans les yeux, et lui dire qu’il ne m’aura plus aussi facilement.

Je ne suis plus une enfant terrorisée.
Je suis heureuse.
Je suis motarde.
Je voyage.
J’ai un homme merveilleux, et un chien aussi couillon qu’adorable.
Je suis une future enseignante de la conduite et de la sécurité routière.

👉 ..Je suis une Guerrière du Bitume.

.

Et même si je dis plus ça pour me convaincre que parce que j’y crois, demain, j’aurais mes examens.

(Je te laisse avec cette photo que j’affectionne beaucoup, elle reflète la sérénité que m’apporte ma belle.. Je l’aime beaucoup. ❤️)